Uni-Sol pour « Universités-solidarité ». C’est le titre d’une recherche- action multidisciplinaire qui s’est clôturée en juin 2005. Initiée et financée par le Fonds Houtman durant deux années, elle a donné l’occasion à quatre universités de plancher sur la problématique de la santé des enfants et de leurs familles récemment immigrées. L’objectif du programme ? Développer et promouvoir, à travers des expériences de terrain, des approches permettant de construire avec les acteurs sociaux et les familles primo-arrivantes de nouveaux modèles de compréhension et d’intervention dans le champ socio-sanitaire. Le travail propose une analyse globale de la condition des familles migrantes et de leur prise en charge en Belgique. À partir des questions de santé, en étant attentifs aux aspects sociaux et aux spécificités culturelles, les chercheurs ont pris en compte d’autres dimensions telles l’éducation, l’aide sociale, le logement... tout en proposant au lecteur une compréhension des difficultés concrètes dans lesquelles se trouvent les familles migrantes sur le territoire belge.

Altay Manço, directeur de l’IRFAM[1] et membre du réseau Uni-Sol, parle de « pathologies de l’exil » où le traitement de la question du droit d’asile produit, en lui-même, des désordres relevant de la santé « et en particulier de la santé psychosociale ». C’est un processus, explique le chercheur, qui « cantonne les familles primo-arrivantes dans un entre-deux et une instabilité de séjour ». La longueur de la procédure, au moins quatre mois, sans compter les possibles recours, peut s’avérer très destructrice. Il ajoute que « ce contexte est également néfaste pour le personnel chargé d’accueillir et de soigner le public immigré qui, dans certains cas, est littéralement « déformé » par les situations inextricables et très diversifiées auxquelles il doit faire face ».

Un des volets, mené par l’équipe de l’UMH[2] a cherché à étudier les difficultés d’éducation des parents en demande d’asile. A partir d’un travail de type anthropologique, cette équipe identifie quatre manières de gérer les conflits à partir des différences de conceptions en matière de santé, de développement de l’enfant, d’éducation entre le pays d’origine et le pays d’accueil. Toutefois, il n’existe pas, selon les chercheurs, de bons ou de mauvais modèles. Le rôle des intervenants consiste dès lors à soutenir les parents dans les attitudes positives que l’on retrouve dans chaque catégorie. Ce volet débouche sur une grille de lecture que tout professionnel peut utiliser afin d’identifier les fragilités et les ressources des personnes primo-arrivantes.

Les quatre recherches-actions ont donné lieu à huit interrogations- constats à la base du programme Uni-Sol. Elles proposent des dispositifs innovants et une réflexion sur les politiques qui permettent d’utiliser cette période comme un temps où peuvent s’accroître les ressources de ces familles pour s’adapter à la société d’accueil. Elles plaident toutes pour que ce temps d’attente soit investi, qu’il ne soit pas un élément de fragilisation et de désocialisation mais bien un facteur d’intégration à la société belge.

Les chercheurs de l’Unité d’éducation pour la santé (UCL[3]) ont aussi souligné les difficultés rencontrées par ces parents dans l’exercice de leur rôle parental. Par exemple, lorsque l’enfant, fréquentant une école, apprend rapidement la langue du pays d’accueil et devient plus compétent que ses parents pour se débrouiller dans la vie quotidienne. On assiste alors à une sorte de déclassement des parents. Et les enfants souffrent tout autant de cette incapacité des parents. Il peut alors naître, chez l’enfant, des troubles de l’identité liés aux changements, aux difficultés d’identification à des modèles occidentaux. D’où l’importance, insistent les chercheurs, de renforcer les relations avec les parents dans l’école. Le rôle des enseignants est alors essentiel. Ils peuvent redonner « devant l’enfant, l’autorité aux parents, spécialement parce que leur culture apparaît à l’enfant comme étant la culture dominante »

L’École de Santé Publique de l’ULB[4] a étudié la mise en réseau de professionnels autour de la problématique des familles migrantes dans une commune bruxelloise. Les chercheurs relèvent que la qualité de la prise en charge dépend de la diversité et du nombre de services présents. Ensuite, face aux demandes souvent multiformes et apparemment « hors cadre », la nécessité de décoder et donc de travailler en contact avec d’autres approches s’est imposée. Ce qui requiert également, de la part de chaque intervenant, une vision claire de son mandat par rapport à la demande des familles.



[1] Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations

[2] Université de Mons-Hainaut

[3] Université catholique de Louvain

[4] Université Libre de Bruxelles

[5] Université de Liège