Altay Manço, Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations, Sylvie Petit et Michel Born, Université de Liège

La recherche interuniversitaire « Uni-Sol » s’intéresse à la santé globale des enfants primo-arrivants et de leur famille, ces derniers étant installés en Belgique depuis un maximum de cinq ans. Il faut entendre le concept de santé globale dans le sens développé par l’OMS, comprenant à la fois les dimensions physiques et psychologiques, ainsi que le bien-être social des familles.

L’impression générale issue de l’ensemble des observations est que le traitement de la question du droit d’asile en Belgique, mais aussi dans d’autres pays de l’Union européenne, semble être lui-même producteur de désordres relevant de la santé et, en particulier, de la santé psychosociale.

En effet, les personnes qui arrivent en Europe se retrouvent face à un système administratif qui les cantonne dans un entre-deux et une instabilité de séjour. Une telle situation produit inexorablement un long « temps d’attente » qui, s’il n’est pas réfléchi et aménagé dans le sens d’un accueil positif, peut s’avérer extrêmement destructeur.

Ce contexte est également néfaste pour le personnel chargé d’accueillir et de soigner le public immigré qui, dans certains cas, est littéralement « déformé » par les situations inextricables et très diversifiées auxquelles il doit faire face.

Au vu de ces constatations, on peut affirmer que les conditions de vie propres aux réfugiés et aux autres immigrants dans leur trajet d’exil influencent leur santé psychosociale de manière indubitable. Quelles réponses efficaces les intervenants chargés d’accueillir les candidats réfugiés peuvent-ils donner à ce vécu ?

On distingue en Belgique cinq contextes au sein desquels les demandeurs d’asile évoluent.

1.3.1. Une « entrée fracassante » dans le système : C’est la course aux démarches administratives et autres formalités obligatoires.

1.3.2. Un « long trajet périlleux ... » : Il s’agit d’un ensemble fort varié de structures d’accueil gérées par des partenaires très différents vers lesquelles les demandeurs d’asile sont orientés.

1.3.3. La découverte de la vie en communauté et de la promiscuité : Une souffrance liée à la perte d’indépendance, un sentiment d’infantilisation, se développent fréquemment.

1.3.4. Une « longueur assassine...» : Tant que la dernière carte n’a pas été abattue, les demandeurs d’asile gardent espoir. Cette vie dans l’entre-deux est synonyme d’une impossibilité de se projeter en lien avec la nouvelle société d’installation. Le contexte d’accueil apparaît alors comme intrinsèquement pathogène. S’ajoute la question de la légitimité de la présence de l’immigré. Les personnes réfugiées, rejetées de leurs terres d’origine, se sentent également exclues du pays d’accueil.

1.3.5. Le passage à la « vraie vie » : Les facteurs et les freins à l’intégration (sociale, psychologique, économique, politique) sont à ce stade nombreux. Enfin, les stratégies et problématiques identitaires, les problèmes intergénérationnels et interculturels typiques des immigrants peuvent surgir.

La relation d’aide et les psychothérapies qui seront proposées aux migrants doivent être adaptées à leurs particularités culturelles et biographiques. Ainsi, dans le cas des personnes réfugiées, une série de spécificités doivent être intégrées dans les analyses, notamment la précarité de séjour, le sentiment d’illégitimité dans un pays hôte, ou les difficultés liées à la reconnaissance du droit de séjour.

Le soutien apporté se situe à plusieurs niveaux : individuel, familial, communautaire et social. Si la prise en charge d’une personne au niveau individuel implique l’écoute et l’examen de ses plaintes tant psychiques que physiques, il s’agit aussi de soigner son « lien à la société ». Avant de parler de soin, et de risquer de médicaliser des réactions normales à des conditions de vie anormales, il s’agit d’abord d’aider les exilés à retrouver un minimum de maîtrise sur leur vie, un sentiment d’utilité, une place parmi les autres et un peu d’intimité.

Le travail psychologique peut aussi être envisagé en lien avec le soutien concret apporté par les membres de la communauté d’origine. Le développement d’un réseau social d’entraide et de loisirs prenant appui sur cette présence première a, semble-t-il, un effet positif dans la stabilisation sociale de la famille primo-arrivante. La présence des personnes de leur propre origine dans l’entourage immédiat des familles primo-arrivantes leur permet également de maintenir stables leurs liens à leur religion, langue et culture d’origine.