Martin E., Renard F., Levie K., Steyaert M., Deccache A., Unité d’éducation pour la santé, RESO, Université catholique de Louvain.

La résilience de l’enfant dépend de la résilience de sa famille. Favoriser la résilience familiale sera donc aussi favoriser la résilience de l’enfant.

Lors de leur adaptation à la culture du pays d’accueil, certaines familles et groupes de primo-migrants ou réfugiés activent surtout leurs tendances à renforcer les fonctionnements préexistants dans le pays d'origine. Ce fonctionnement est nécessaire et salutaire dans un premier temps, car il permet un renforcement de l'identité socioculturelle de la famille et une possibilité de défense face à la menace de désintégration que le nouveau milieu ambiant implique. Mais si cela se maintient, une réaction défensive par rapport à la société d’accueil peut s’installer, bloquant les possibilités d'échange avec le nouvel entourage.

D’autres familles activent totalement leur tendance au changement, s'ouvrant exagérément à la société d'accueil. Dans ce cas, un fonctionnement chaotique peut s'instaurer, laissant chez les membres de la famille, spécialement chez les enfants et les adolescents, un sentiment de non-appartenance qui pourra aboutir à des troubles graves de l'identité.

Une adaptation adéquate et qui permettrait de mettre en place toutes les caractéristiques et aptitudes résilientes (estime de soi, humour, capacités à se projeter dans l’avenir, ...) serait de trouver un équilibre entre ces deux tendances culturelles.

1.3.2. Sens de la migration et résilience familiale

(1) Les ressources culturelles, religieuses et les revendications politiques : Le vécu culturel et religieux de la famille et la représentativité ethnique dans le pays d’accueil favorisent un microcosme semblable à ce qu’elle connaissait auparavant et permet de rompre l’isolement dans un premier temps. Les attitudes culturelles envers la violence pourraient également jouer un rôle potentiel dans la réaction de l’enfant face à l’adversité extrême, tels que les traumatismes de guerre ou la maltraitance.

Nous remarquons que la religion des familles primo-arrivantes peut jouer ici un rôle fondamental. Pour beaucoup de parents primo-arrivants interviewés, le recours à leur foi est primordial pour surmonter les épreuves.

Les associations ethniques, en aidant les personnes originaires d’une même région à trouver un sens à leur migration et à préserver un sentiment identitaire et leur culture, favorisent grandement la résilience des familles primo-arrivantes.

(2) Le rôle du pays d’accueil : Le monde intime des familles qui ont vécu des traumatismes dépend aussi du monde intime des personnes à qui elles se confieront et de la charge affective que le discours social attribue à ce qu’elles ont vécu. La façon dont on a écouté leur histoire à l’office des étrangers ou dont on les regarde en tant que professionnels a une influence sur leur résilience.

(3) Conflits de valeurs à l’école et résilience : Les parents doivent évaluer leurs propres croyances et valeurs, ainsi que celles de leur société d’adoption, pour tenter de déterminer ce qui sera « le mieux » pour leurs enfants.

Parce qu’elles ne connaissent pas bien le « système » belge ou parce qu’elles ressentent un rejet de leur propre culture, les familles primo-arrivantes éprouvent des difficultés à composer avec les conflits de croyances, valeurs et pratiques.

L'école tient une place très importante dans l'environnement de l'enfant primo-arrivant. A travers son discours, il se «découvre étranger», appartenant à un groupe «chargé» de stéréotypes défavorables. Il peut alors connaître des troubles de l'identité liés aux ruptures et aux changements, et aux difficultés d'identification à des modèles occidentaux.

Enfin, le choc culturel peut aussi exister chez les enseignants face à la diversité des cultures et des religions en présence dans leur école.